• Agra et taj mahal : entre merveilles et misère

    Tous les articles ne sont pas faciles à écrire. Parfois on est fatigué, parfois on n'a rien à dire, et puis parfois, comme ce soir, on ne trouve tout simplement pas les mots. Mais je me force à écrire, parce que ça permet de faire le point, de prendre un peu de recul.

    Pourtant la journée commençait bien. Réveil à 5h30, on veut aller voir le Taj Mahal à l'ouverture à 6h. On est à 5 minutes à pieds, il suffit de traverser un petit parc, il n'y a presque personne. Et pourtant c'est déjà éprouvant. Pour moi surtout. Parce qu'en Inde il ne fait pas bon être une femme. Les regards que portent les hommes sur moi sont difficiles à soutenir. Pourtant j'ai voyagé en Argentine, où j'ai été longuement matée et reluquée, j'ai voyagé au Vietnam où on m'a peloté les fesses, mais ce que je découvre ici, je ne m'y attendais pas, et je n'étais pas préparée. Les hommes me regardent avec un regard de mépris insupportable. Est-ce parce que je suis femme ? Est-ce parce que je suis occidentale ? Est-ce parce que je suis touriste ? Est-ce parce que je suis en débardeur ? Est-ce parce que j'ose les regarder et leur sourire ? Surement un mélange de tout ça. Je ne sais pas ce que je représente à leurs yeux, ce qui me vaut ces regards chargés de reproches, mais dans ces cas là je baisse les yeux et je m'accroche à la main de Nico comme à une bouée de sauvetage. Il m'aura fallu moins de 48 heures pour comprendre qu'ici je ne suis pas l'égale de l'homme. Je ne suis pas grand chose. Un morceau de viande pour certains. Quand des hommes marchent à 5 mètres devant moi, que l'un se retourne, qu'il me dévisage froidement, puis qu'il fait signe à son copain de me regarder, qu'ils s'arrêtent et discutent en m'observant sous toutes les coutures, dans ces cas là même la main de Nico ne suffit plus à me rassurer. J'aimerais être invisible, me cacher sous un long voile. D'ailleurs c'est ce que font certaines indiennes... Dans les files d'attente, il y a une ligne pour les femmes et une ligne pour les hommes. Ca évite les mains trop baladeuses. Séparer les femmes pour les protéger des hommes. Les couvrir pour qu'elles n'aient plus à subir ces regards avides. Je crois que je viens de découvrir à quel point j'aime la France...

    On est quand même arrivé au Taj Mahal. On essaie de faire le vide et de profiter de ce moment qui nous faisait rêver, de cette image de carte postale. Nous n'avons pas été déçu, le Taj Mahal est somptueux. On ne va pas vous faire l'historique (surtout qu'on ne s'est pas trop penché sur la question), disons juste que c'est un mausolée construit par Shah Jahan en l'honneur de sa femme, morte en mettant au monde leur 14 ème enfant.

    On le découvre au petit matin, l'endoit est calme. On passe devant une grande porte, on se dit qu'on ira de ce côté là plus tard, on veut voir en priorité le Taj. Sauf qu'en y regardant de plus près, on se rend compte qu'à travers cette porte on voit du blanc, comme un bâtiment en marbre... On sourit, c'est agréable parfois de venir visiter sans guide, sans avoir préparé, sans vraiment savoir ce qu'on va voir. Ca permet ces petites surprises, cette impression d'avoir "découvert" le Taj (c'est bête je sais bien, mais c'était mon premier sourire du matin, il était important !).

    Agra : entre merveilles et misère

    Du coup on franchit cette grande porte, et plus on avance plus on le découvre. Mon regard est hypnotisé. Nico m'indique un panneau d'explication sur la gauche mais je m'en fiche, je ne veux pas décoller les yeux du Taj. Plus on s'approche plus on prend conscience de sa taille, jusqu'à le découvrir dans son ensemble, c'est absolument splendide : 

    Agra : entre merveilles et misère

    On y est à la bonne heure, il y a peu de monde, on peut faire une pause photo : 

    Agra : entre merveilles et misère

    On s'approche, il est aussi beau de près que de loin. Les personnes sur la photo aident à prendre conscience de la taille du mausolée !

     

     Agra : entre merveilles et misère

    On l'a pris en photo sous toutes les couture, comme vous vous en doutez :

    Agra : entre merveilles et misère

    Agra : entre merveilles et misère

    Agra : entre merveilles et misère

    Chaque détail est beau et vraiment travaillé, même si de loin on ne s'en rend pas compte, seul le blanc ressort : 

    Agra : entre merveilles et misère

    Agra : entre merveilles et misère

    A l'intérieur les photos sont interdites, mais de toute façon il n'y a pas grand chose. On y trouve une grande pièce avec les deux cercueils (qui en fait sont vides), mais le batiment est bien plus intéressant à observer de l'extérieur.

    Sur les côtés se trouvent deux bâtiments (dont une mosquée), dans les mêmes tons que la porte qu'on a emprunté pour arriver : 

    Agra : entre merveilles et misère

    On ressort en milieu de matinée, il commence à y avoir foule. On retourne rapidement dans la chambre, on a rendez-vous avec notre chauffeur à 13h. Le temps de se reposer un peu et d'aller manger au restau. On discute, on essaie de positiver, on parle des prochaines visites, mais cette fois c'est Nico qui craque, entre le poulet et les lentilles. Les serveurs ont la délicatesse de nous laisser tranquille, un homme qui pleure ils ne doivent pas voir ça souvent. Nico aussi est atteint par les regards qui se posent sur moi, par ce qu'on voit et ce qu'on vit depuis deux jours, et il appréhende les visites de l'après midi. Pas envie de sortir dans la rue, pas envie de voir du monde. Cette fois c'est moi qui console et qui rassure, heureusement qu'on a trouvé le bon timing. On cherche des solutions, on essaie de mettre des mots sur notre malaise, c'est encore confus. On décide de faire les deux visites qu'on souhaite cette après midi, et de prendre une décision ce soir.

     A 13 heures on retrouve notre chauffeur, peut-être un poil plus souriant que la veille. On monte en voiture, la circulation est encore chaotique. A un feu rouge, un garçon vient toquer à la fenêtre pour nous demander de l'argent. Notre chauffeur nous dit de ne pas ouvrir, un agent de police est posté au carrefour, si on ouvre la portière on aura une amende car on "bloque le trafic". On continue la route, je me replonge dans mes pensées. On ralentit, il y a un attroupement, Mitha nous dit "tiens, quelqu'un est mort". Sur un ton tellement détaché, comme si la vie et la mort n'avaient aucune importance, comme si un accident n'était qu'une broutille. Par la fenêtre je vois des mendiants, des vendeurs de babioles partout, des estropiés... Au bord de la route j'aperçois deux bébés, ils ne doivent même pas avoir deux ans, ils sont nus, posés sur le trottoir. Ca me retourne l'estomac. Moi qui était en train de me dire qu'il était dommage de ne pas à avoir un chauffeur plus souriant, que le regard des hommes sur moi était difficile, je me prends en pleine cette figure une réalité qui m'effraie. De l'autre côté de ma vitre, juste là, des gens meurent, des enfants souffrent. Comment puis je me préoccuper de moi et de mes soucis alors que ce qui se passe là est si horrible. Est-ce que je n'ai aucune humanité ? Suis-je égoïste à ce point ? Je ne comprends pas. Je suis au bord des larmes, je regarde Nico qui est aussi fragile que moi, je ne peux pas craquer maintenant. Alors je serre les dents, et je me dis que je veux juste me protéger, parce que là ça fait trop d'un coup. C'est ça qui me pèse depuis qu'on est arrivé en Inde. Et je comprends pourquoi le seul endroit où l'on se sente bien c'est la chambre d'hôtel. Parce que là on peut remettre ses oeillères. Et ne plus penser à ce qui se passe dehors. Et quand on est forcé de regarder, on a honte d'avoir une seule envie : fermer les yeux. 

    On arrive à notre première visite, le "baby taj" et cet endroit sera une vraie bouffée d'oxygène pour moi. Il n'y a quasiment personne, on est au calme. On croise une famille d'indiens, le père et le fils nous disent hello, la mère me fait un vrai sourire. C'est tout bête mais c'est réconfortant. Je prends conscience qu'il y a aussi des indiens très heureux, accueillant avec les étrangers,  et qu'ils s'accomodent plutôt bien des différences de richesses dans leur pays. Encore une autre réalité... Puis on commence la visite. Le "baby taj" est également un mausolée, il y a des similitudes avec le Taj qui est tout près. Voilà ce que l'on découvre :

    Agra : entre merveilles et misère

    La forme est assez semblable, mais quand on s'approche, on découvre qu'il n'est pas fait de marbre blanc, mais de mosaïques colorées : 

    Agra : entre merveilles et misère

    Tout est très fin, tout est décoré, du sol au plafond, intérieur et extérieur, tout est travaillé, c'est ravissant : 

    Agra : entre merveilles et misère

    Agra : entre merveilles et misère

    Il est aussi entouré par deux monuments de grès rouge, dont une mosquée : 

    Agra : entre merveilles et misère

    Cette découverte a été mon petit coup de coeur, décidément les monuments ne nous déçoivent pas !

    Ensuite nous partons visiter le fort d'Agra, ou "red fort". Il est nommé ainsi à cause des pierres utilisées, du grès. On prend un audioguide assez intéressant, et on se promène près de deux heures, malgré la chaleur.

    Voici l'un des palais :

    Agra : entre merveilles et misère

    A l'intérieur on retrouve le soucis des détails, la minutie : 

    Agra : entre merveilles et misère 

    Agra : entre merveilles et misère

    Agra : entre merveilles et misère

    L'empereur Shah Jahan, qui a construit le Taj Mahal pour son épouse, a été emprisonné par son fils qui a pris le pouvoir. Il est resté cloitré dans un coin du palais pendant 8 ans, jusqu'à sa mort. De là, il pouvait tous les jours observer le Taj.

    Agra : entre merveilles et misère

    Agra : entre merveilles et misère

    Agra : entre merveilles et misère

    Pris par les explications de l'audioguide, on fait moins attention à ce qui se passe autour de nous, en tout cas on essaie. On sent bien que les gens nous observent, certains nous filment, d'autres nous prennent en photo, mais de loin. Puis à un moment, on s'assoit à l'ombre pour écouter une explication. Une jeune femme se plante en face de nous, à moins de 2 mètres, dégaine son portable et prend une photo. On essaie de ne pas réagir, du coup c'est tout un groupe qui s'invite et qui sort portables et appareils. Bon, là ça devient plus difficile de se concentrer sur l'audioguide, mais avec Nico on choisit d'en rire et de rester zen. Je décide de les prendre en photo à mon tour. Toujours assise, je braque l'appareil photo sur eux, pour leur montrer que cette "intrusion" n'est peut-être pas très agréable : 

    Agra : entre merveilles et misère

    Mais mon initiative déclenche un cri de joie, et on est rapidement entouré par près de 20 personnes ! Ils ont cru que mon geste était une invitation, du coup maintenant ils posent avec nous, et 3 ou 4 photographes se relaient avec les appareils photos pour immortabliser tout ça. Scène complètement surréaliste, j'ai eu une drôle d'idée... Tout est fait dans la bonne humeur, mais pour le coup c'est une vraie différence culturelle, je ne crois pas qu'on s'habituera. Au bout de 5 minutes on décide de se lever, parce que sinon on est parti jusqu'au bout de la nuit !

    On finit la visite, on découvre d'autres matériaux que le grès, c'est agréable de changer un peu de décor : 

    Agra : entre merveilles et misère

    On rentre à l'hotel, encore un bon restau le soir, le moral revient peu à peu. Mais on choisit quand même de modifier notre programme. Notre chauffeur nous accompagne à travers le Rajahstan jusqu'au 11 juillet, ensuite on avait prévu de se débrouiller seul en train pour rejoindre un temple au nord du pays. Sauf qu'à présent on a beaucoup moins envie de se débrouiller seul. Du coup on va essayer de modifier la date de nos billets d'avion afin de quitter l'Inde le 12, direction la Jordanie.

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  • Commentaires

    1
    Lundi 1er Juillet 2013 à 16:24

    J'aurai aussi du mal à rester zen à la place de Nico si tous les mecs reluquaient ma nana :)

    Marrant par contre le dernier épisode avec les photos, c'est un peu ce que doit provoquer la célébrité en France, l'impossibilité de se promener tranquillement, des gens qui cherchent à poser à côté de toi...

    Et oui magnifique ce Taj Mahal, vous faites rêver là !

    2
    aurenico Profil de aurenico
    Lundi 1er Juillet 2013 à 17:28

     je confirme, c'est vraiment pas facile ! pour les photos c'est vrai que quand c'est fait comme ça, ça passe, même si on a l'impression d'être pris pour des bêtes sauvages !

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